Jeudi 3 juin 2010
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La question, si elle peut étonner, peut être posée. On se souvient que lors des Présidentielles de 2007, la presse s'était déjà fait l'écho de cette possibilité entre les deux
tours, que ce soit pour Nicolas
Sarkozy ou pour Ségolène
Royal . Mais le leader du Mouvement Démocrate avait rejeté ces possibilités et s'est même positionné en farouche opposant à Nicolas Sarkozy depuis son élection. Le
point d'orgue en a été la publication d'un livre à succès, « Abus de pouvoir » lors des dernières élections européennes.
Les échecs électoraux successifs -et plus particulièrement celui des régionales- ont secoué le Mouvement
Démocrate. Les français ont certainement été déstabilisés par les multiples positions que le MoDem a prises depuis les législatives (tout sauf l'UMP, puis tantôt UMP tantôt PS, puis PS et enfin
l'indépendance).
Même s'il est constant de voir que la côte de popularité de François Bayrou est bien meilleure que les scores
électoraux du MoDem, il est évident que pour 2012 le leader démocrate doit s'imposer comme homme d'Etat, au-dessus de la mêlée et, pourquoi pas, comme un recours plausible et incontournable à la
crise que nous traversons.
Il ne reste que deux ans pour cette « mission » qui peut paraître illusoire compte-tenu, précisément, de
l'état (ou du... non-état) du Mouvement Démocrate. Les querelles internes, la recomposition des mouvements départementaux, le manque d'élus...un ensemble d'éléments qui ne pourront permettre un
redressement spectaculaire en si peu de temps.
Nicolas Sarkozy, ce n'est un secret pour personne, est déjà en campagne, ainsi que la gauche et les autres forces du Centre. Ne pas envisager une stratégie pour les élections présidentielles de
2012 pour le Mouvement Démocrate dès à présent serait un handicap. Encore faut-il une bonne stratégie, lisible et compréhensible pour les français.
Alors, est-ce un hasard si le discours de François Bayrou semble moins offensif à l'égard du Chef de l'Etat et de son
gouvernement ? Il a rencontré dernièrement Nicolas Sarkozy et voudrait « se recentrer » selon Libération .
Entend-on par « recentrage » un coup de barre à droite, donc un retour à l'UDF ? Si, comme le dit l'article, François Bayrou est « prêt à se rallier à une future
majorité », on peut le craindre. Mais j'ose espérer que ce ne sont que des rumeurs orientées destinées à brouiller le message. Si tel était le cas, il
est impératif que François Bayrou y apporte contradiction et éclaircissements.
Est-il donc envisageable qu'un accord puisse être passé entre Nicolas Sarkozy et
François Bayrou pour nommer ce dernier à la tête du gouvernement lors du prochain remaniement ministériel (septembre très probablement) ?
Il est possible que l'un et l'autre y trouve son intérêt :
-
- Nicolas Sarkozy : Il ferait porter par le leader
centriste la réforme des retraites peu populaire et également le difficile recadrage de la dette publique par rapport à un environnement économique. particulièrement hostile. Il pourrait
ainsi mettre François Bayrou en capacité d'appliquer sa vision pragmatique affichée sur les dépenses publiques. S'il échouait, le chef de l'Etat ne se priverait pas, le moment venu, d'en
faire « bon usage ». En cas de bons résultats il en tirerait tous les lauriers ayant su rallier à lui un opposant de taille.
De plus, cette nomination viendrait mettre un caillou dans la chaussure
d'Hervé Morin, candidat du NC -à coup sûr- pour la prochaine présidentielle.. En tout cas cela brouillerait les pistes centristes et à ce jeu-là, Nicolas Sarkozy est assez
malin.
-
- François Bayrou : Il consoliderait cette image d'homme
d'Etat que les français apprécient tout particulièrement lorsqu'ils doivent faire leur choix pour l'élection majeure. Son expérience ministérielle a été au Ministère de L'Education, sous les
gouvernements Balladur et Juppé mais c'était il y a quinze ans. Il ramènerait au bercail son électorat de droite (celui de l'ancienne UDF) mais en prenant évidemment le risque de perdre pas
mal des nouveaux venus de 2007...
Il se rapprocherait donc du pouvoir avec l'idée d'un marche pied confortable
pour 2012. S'il réussit, sans doute, mais en cas d'échec, ce serait définitivement fatal.
Si la question du poste de Premier Ministre devait se poser, peut-être
que le sondage de l'année dernière sur le sujet pourrait l'aider à prendre sa décision
?
Quoi qu'il en soit, j'ai ce sentiment très fort que cela a de grandes chances d'arriver et, comme le dit lui-même
François Bayrou : « Qui peut dire ce qui va se passer dans les deux ans qui viennent ? Personne ne peut dire quelle va être la succession d'événements qui va nous conduire en
2012, ou plus tôt, à de grands choix nationaux ».
Donc , à suivre!...
EDIT du 4 juin 2010 à 14h25
:
Suite à un courrier que je lui ai envoyé lui demandant si le commentaire sur Libération était bien le sien, François Bayrou vient de me répondre
:
« C'était bien mon démenti personnel, sur mon adresse personnelle. Et je vous joins en avant première une
lettre que je compte adresser aujourd'hui à tous les militants.... Amitiés. François Bayrou »
Voici un court extrait de cette lettre qui sera envoyée aux militants et qui me semble
clarifier sa position :
« ...Restent les débats sur le « centre », auquel désormais on semble trouver tant de charmes
et de vertus.
Pour moi, les choses sont limpides : un centre indépendant est vital pour la démocratie française. Ce
courant politique est un des piliers de la vie publique. Il est le garant du pluralisme nécessaire puisqu’il empêche le simplisme de la bipolarisation droite/gauche. Il conjugue la démocratie
avec la République. Il refuse que la guerre des deux camps soit le seul horizon de notre vie publique. Il se bat contre le monopole du pouvoir attribué à qui que ce soit. Il veut à la fois la
justice sociale et une économie inventive et créative, c’est-à-dire libre. Il considère que l’éducation est la pierre de fondation de tout progrès humain. Il défend notre patrimoine naturel comme
un bien commun et prend au plein sens du terme l’association des deux mots « développement » « durable ». Il pose comme principe que l’économie financière ne doit pas
gouverner le monde et doit être régulée. Ce projet politique est en confrontation, et souvent en opposition avec les idéologies portées aujourd’hui par l’UMP et par le PS. Il ne peut donc
accepter de se laisser satelliser par aucun des deux partis actuellement dominants... »
Photos : l'Express
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