L'Europe des personnes
Pour
soutenir la composante d' "Europe des Personnes" proposée par un précédent intervenant - se basant sur une phrase de Jean Monet - il me semble utile d'insister sur l'aspect
"communication - pédagogie"
Dès avant la signature du traité de Rome, mais qui s'est accéléré ensuite, le mouvement visant à un bilinguisme Germano-Français/Franco-Germanique a été voulu et concrétisé. L'Allemand était
alors la seconde langue de toute l'Europe de l'Est et du Nord et le Français encore un véhicule crédible des relations politiques et culturelles internationales. Pour d'étranges raisons
l'enseignement de l' Allemand en France a été vite ressenti - ou fut-il délibérément présenté ainsi ? - comme "élitiste" et il n'est pas convaincant d'affirmer que l'élitisme est un
de nos penchants naturels.
Il n'y aura pas de communauté viable si les personnes ne peuvent communément communiquer entre elles et l' Anglais est maintenant trop connoté "Américain" pour pouvoir être encore perçu comme une
langue véhiculaire européenne. Cela ne ferait en outre que conforter la volonté - dans le domaine culturel et vernaculaire - d' asservir l'Europe à l' Atlantisme. Le retour dans le
commandement unifié de l'OTAN doit être compris comme un des éléments de ce mouvement.
S' il est regrettable que les Britanniques n'aient encore pas, en majorité, le réflexe de défendre cet élément de leur identité, je ne peux exclure que, malheureusement, la désaffection des
Français pour l' Allemand n'y aie pas contribué. Je ne crois pas que mon seul goût pour la langue de Rudyard Kippling, Charles Dickens, James Joyce et Keats etc.... - mais sans
rejeter John Steinbeck .... - justifie ma conviction qu'ils auraient rejoint (et voudraient encore rejoindre) une alliance (culture comprise) de la langue (et du pays) d'Albert
Camus avec la langue de Goethe, Thomas Mann et Hermann Hesse, si cette alliance là était aussi forte qu'elle était prévue. Et je veux encore croire que cela est possible, parce que c'est
nécessaire.
La pratique commune de l' Allemand, en France, doit devenir au moins aussi réelle que celle de l' Anglais pour préserver l'identité culturelle, et donc politique, de l' Europe, et cet objectif ne
serait pas élitiste.
Sans que le facteur langue soit, en lui seul, un élément déterminant (peu le sont, à eux seuls, dans la vie internationale ou autre ) c'est néanmoins une composante induisant lourdement les
orientations politiques à long terme, et l'option, atlantique ou européenne, de l'Europe - option qui est le corolaire des choix linguistiques - est manifestement un choix lourd de conséquences.
Il y a Trente ans déjà la diplomatie britannique devait expliquer ce dilemme. Il était déjà d'actualité, compliqué par la nécessite de choisir entre soit rallier la puissance, semblant
définitivement établie, des USA ( et de participer à son hégémonie sur le monde ) , soit rallier une force naissante en Europe, autour de l' Allemagne et de la France, quitte à n'y devoir
espérer qu'un rôle de parité. Je ne crois pas que l' Angleterre ait encore choisi mais je suis persuadé qu'un lien fort entre l'Allemagne et la France inspirera confiance à l'Angleterre pour
qu'elle se rattache à une Europe européenne, laissant l'atlantisme ( notion vidée de sens et de nécessité ) couler doucement ......... dans l'atlantique ! Même si certains
peuvent sembler "à contre courant" les choix linguistiques peuvent être lourds de signification, et de conséquences.
François Donval (Marseille)
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