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Mardi 27 décembre 2011 2 27 /12 /Déc /2011 22:35

C'est la surprise de cette fin d'année politique : François Bayrou.

Si sa candidature était un faux suspens, rares, en dehors de ses fidèles soutiens, étaient ceux qui ont cru au retour en force du 3ème homme de 2007.

C'est décidément une habitude chez le béarnais : surprendre là où on ne l'attend pas, bousculer le jeu politique et mettre à mal tous les pronostics des pires et meilleurs experts sur son compte. Il n'est jamais aussi présent que lorsqu'il a été absent. Ses traversée du désert sont autant de sources d'inspirations, de maturité et de prise de distance avec l'actualité et les enjeux de société.

Crédité de 6% des intentions de vote en septembre, il a atteint les 14 % quelques jours seulement après sa déclaration de candidature. Un score à deux chiffres que lui-même n'espérait pas avant janvier, prenant ainsi une avance confortable. Il 'a jamais été aussi haut dans les sondages à la même période lors des présidentielles de 2002 et 2007.

De plus, sa cote de popularité a progressé de 7 points en décembre par rapport à novembre, avec 64% de bonnes opinions. Il dépasse ainsi François Hollande, qui a reculé de 3 points avec 57% de bonnes opinions.

 

Comment expliquer cette percée ?

Tout d'abord le moment choisi pour se déclarer candidat : il a attendu la fin des primaires socialistes qui ont capté l'attention d'une grande partie des français pour cet exercice démocratique qui constituait une première en France. Certes, les débats semblaient parfois convenus mais la nouveauté de l'exercice a suscité un intérêt tel que l'espace médiatique était réduit pour tout autre candidat. Cette polarisation sur les primaires lui a permis de préparer son entrée en campagne avec soin et dans la sérénité qui le caractérise. On a ainsi pu observer que les premiers soutiens arrivaient et l'Université de rentrée du Mouvement Démocrate a été fondatrice d'une certaine façon dans cette nouvelle attention.

Ensuite il y a eu le retrait de Jean-louis Borloo laissant ses équipiers orphelins d'un projet que leur champion voulait défendre sans s'émanciper pour autant de la sarkozie (mais tout en essayant de faire croire le contraire). Cet abandon (prévisible) a mécaniquement profité à François Bayrou qui a ainsi conforté sa position de seul représentant crédible d'un centre indépendant.

La candidature d'Hervé Morin en décembre est apparue quasi-transparente surtout avec le peu de soutiens recueillis dans son propre camp. Le manque de charisme, le peu de crédibilité d'une indépendance face au pouvoir en place qu'il a servi et cautionné durant près de trois ans, ont accentué la constance et la fiabilité du candidat Bayrou.

Pendant ce temps Nicolas Sarkozy, sans bilan, piétine dans les sondages alors que Marine Le Pen plafonne, en tout cas pour l'instant. Le Président sortant, au moment de rendre des comptes risque fort d'être « Zapateroisé » . Certains cadres de l'UMP le savent et tournent leur regard vers celui à qui l'actualité a donné raison sur sa vision et le cap qu'il traçait déjà en 2007.

Outre le fait que François Bayrou a été le premier à pointer la question de la dette et des comptes publics depuis des années sans avoir été entendu, il a su mobiliser ces derniers mois autour d'un thème fédérateur largement pompé par ses adversaires : « produire en France ». C'est sûr qu'avoir raison avant les autres, ça inspire...

L'homme est tenace, il trace sa route sans céder à la facilité d'effets d'annonce, de fausses promesses ou de communication outrancière.

Indépendant, insoumis au système, déterminé, aguerri après une traversée du désert, il intéresse désormais au-delà du centre, au-delà des partis et des sensibilités religieuses ou philosophiques.

Les chances pour François Bayrou d'être au second tour sont à égale distance de celles de Marine Le Pen, sauf que lui aurait de grandes chances de l'emporter.

Les français reconnaissent en lui un homme honnête, étranger à toute corruption ou affaire indélicate. Et ça les rassure.

 

Comment ne pas gaspiller ce capital d'intentions de voix ?

S'il est vrai que la progression des sondages en faveur de François Bayrou, le mettant au centre du jeu, est prometteuse, il ne faut pas pour autant la prendre pour acquise. Souvenons-nous que Jean-Pierre Chevènement en 2002 qui a terminé à moins de 6 % alors qu'il a été longtemps le 3ème homme avec un score à deux chiffres. Rien n'est jamais joué, dans un sens comme dans l'autre.

Le fait d'être incontournable présente bien des avantages mais a également ses inconvénients. Cela crée une satellisation de nouvelles forces mais cristallise les attaques et les manœuvres (cf. sondages la veille du 1er tour en 2007 en faveur de Le Pen). Donc une vigilance accrue devra être de mise à tous les niveaux de responsabilité. Même -et surtout!- la « responsabilité  militante ». Chaque intervenant ou participant devra être clair, cohérent, pédagogue dans l'argumentation et la présentation du programme. Ne pas jouer les victimes, les offusqués ou les incompris. Rester sur une ligne et s'y tenir en expliquant et non en attaquant. Faire une campagne digne sera la meilleure réponse à d'éventuelles attaques. Se concentrer sur le but à atteindre sera plus mobilisateur et rassembleur. Le candidat centriste devra élargir ses thèmes de campagne également à ce qui touche au quotidien des français, comme le logement qui atteint près du tiers de leur pouvoir d'achat, l'emploi des jeunes ou encore la famille devenue multi-formes.

François Bayrou ne devra négliger aucune conquête (ou reconquête). Son flan de centre droit qui s'est détourné de lui après son positionnement au second tour de 2007 devra être rassuré tout comme devra l'être le centre-gauche qui le géolocalise trop à droite. La tentation du vote à gauche est encore très attirante quand on voit que plus de la moitié des Français (53%) souhaitent une victoire de la gauche à l'élection présidentielle. Une alternance réflexe qui ne permet qu'une variation sur deux thèmes et qui ne peut que nous conduire à une impasse.

Enfin, il est impensable de ne pas rassembler la diaspora centriste et d'organiser une réconciliation au-delà des égos et des déchirures passées. En cela la "Maison commune" proposée par Jean Arthuis peut y contribuer. Il en va de l'intérêt supérieur de notre pays qui mérite une autre voie que celle de l'UMP/PS.

 

Alors, quelle marge de progression pour François Bayrou ?

Selon un récent sondage BVA, 47 % des électeurs n'entendraient voter ni pour Nicolas Sarkozy ni pour François Hollande.  On peut raisonnablement penser que cette incertitude peut profiter aux 3ème et 4ème candidats, dont François Bayrou. Et principalement à lui : s'il ne cherche pas à (trop) capitaliser sur le rejet du pouvoir en place ou de l'insoutenabilité du programme de François Hollande, mais au contraire à défendre son propre programme et sa vision sur un horizon qui ne se limiterait pas au seul quinquennat. Il semble déjà qu'il y ait pensé en proposant un agenda 2012-2020. L'étiolement des partisans des deux candidats actuellement en tête des intentions de vote, peut profiter à François Bayrou naturellement. Pas par défaut mais par réelle adhésion. D'où l'importance de ne pas stigmatiser des échecs auxquels certains auraient participé et dont ils souhaiteraient s'émanciper.

François Bayrou peut imposer son rythme, choisir son tempo, il en a la carrure, la force et la détermination. Il « s'étoffe » au fil des sondages et se pose de plus en plus en homme d'Etat (cf.loi sur le génocide arménien). Sa marge de progression est donc très ouverte. 

2002 était un échauffement, 2007 une belle demi-finale, 2012 sera-t-elle la finale gagnante ? Il n'est pas illusoire d'y croire...

 

 

 

 

 

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Par Chantal Portuese - Publié dans : Bayrou2012 - Communauté : Mouvement Democrate
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