Nous vivons en France, patrie des droits de l'homme... Et pourtant...
Je ne me reconnais plus dans ce pays quand une forme de "chasse à l'homme" y aurait droit de cité.
La France serait-elle devenue en l'espace d'une année une terre de rejet? Une terre d'infamie?
Je suis bouleversé quand j'entends des gens préférer renoncer à leurs vies pour éviter d'avoir à tomber entre les mains des forces de l'ordre !
J'ai honte pour mon pays, j'ai honte de mon impuissance ! J'ai honte de me taire et par ce silence, de fait, de contribuer à cautionner ces agissements.
Démocrate, que puis-je faire sinon avec quelques modestes mots pour dire ma honte ? Exprimer ma rage devant la mise en oeuvre de cette politique musclée de tolérance zéro en matière d'immigration.
Il s'appelait Baba Traoré, il avait 29 ans.
Il y a quatre ans, il était venu en France pour donner un de ses reins à sa soeur. Depuis, son titre de séjour ayant expiré, il avait rejoint ces cohortes de sans-papiers dans l'ombre. Et ce 4 avril, il s'est jeté dans la Marne. Une fin de vie triste et qui laisse comme une tâche sur notre conscience.
Ce n'était qu'un homme.
Il eut le malheur de croiser d'autres hommes en uniforme qui ne voyaient en lui qu'un des 25.000 objectifs de reconduites à la frontière.
Je ne rejette pourtant pas l'idée d'une nécessaire politique de lutte en matière d'immigration clandestine et illégale.
Mais appliquer ces réglementations avec fermeté, certes, mais surtout avec humanité serait-ce donc impossible ?
Mais en parallèle, il ne faudrait pas oublier d'intensifier les efforts afin de pouvoir punir très sévèrement les passeurs, les marchands de sommeil et tous ces esclavagistes qui tirent profit de cette détresse humaine.
Avec "Faire du chiffre" comme postulat principal, la politique actuelle en matière de lutte contre l'immigration clandestine ne peut que conduire à générer des dérives, la fin dramatique de Baba Traoré, hélas, nous le rappelle.
Nos valeurs humanistes et démocrates nous obligent à dénoncer haut et fort tout ce que nous estimons être contraire à l'idée que nous nous faisons de la République.
Pour ma part, je trouve qu'il n'est pas digne de notre pays de mener une telle "politique du chiffre" avec des personnes qui sont avant toute autre considération des êtres humains.
Thierry P.